Vers la numératie numérique

Il parait essentiel d’étudier les enjeux sociaux de l’entrée dans l’écrit à travers le filtre du rite qu’une société du livre instaure et qui va laisser sur la marge ceux qui n’auront pu le passer.

Christiane Parragaux

Définition

Sur cette page, je vais tenter d’expliquer l’approche pédagogique en rapport avec ce concept. Pour commencer sur des bases communes, voici un extrait de la définition Wikipédia :Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la littératie est « l’aptitude à comprendre et à utiliser l’information écrite dans la vie courante, à la maison, au travail et dans la collectivité en vue d’atteindre des buts personnels et d’étendre ses connaissances et ses capacités. » (dans le rapport publié le 14 juin 2000 : La littératie à l’ère de l’information).

Définie dans le cadre où l’information écrite, tout comme celle transcrite numériquement, est accédée via une informatique connectée à l’Internet, la littératie informationnelle (en anglais : Information Literacy) constitue l’une des qualifications-clé dans la société moderne très penchée vers l’informatique pour la résolution des difficultés. Elle fait partie du domaine des soft-skillset englobe généralement un nombre de capacités facilitant à toute personne individuelle la compétence et l’efficacité pour un traitement responsable des informations tout en tenant compte des conditions cadres comme le sont le temps et des programmes. Ces facultés se réfèrent à tous les aspects d’une reconnaissance critique d’un besoin en informations, de leur localisation et organisation ou encore de leur sélection précise par le moyen de l’analyse et de l’évaluation ainsi que par leur conception et présentation en conformité des objectifs bien définis. Le rôle de la compétence informationnelle reste flou; mais elle correspondrait à l’aptitude des individus et des groupes à faire le meilleur usage de l’information. Car si l’information est mal exploitée ou pas utilisée, c’est certainement parce que beaucoup d’usagers n’ont pas une « culture de l’information » convenable.

L’écrit

Parmi toutes les créations de l’Homme, s’il y en a bien une qui fera toujours fureur, c’est bien l’écrit. Depuis la nuit des temps, l’Homme a eu cette envie impérieuse de laisser sa trace. Chauffé par un feu de détresse, la température montante l’a conduit vers une poussée d’écrits. De dessins terre à terre (c’est le cas de le dire) à l’invention de symboles ces écrits sont devenus tout à la fois un moyen d’expression comme de transmission. L’Homme du feu a ressenti le besoin de passer le flambeau et a dès lors allumé la mèche de l’évolution fulgurante. Nous avons traversé les âges comme un boulet de canon avec des traces du passé souvent indélébiles.

Malheureusement, le nerf de la guerre est vite passé du feu à l’économie. Et ces fameux symboles prirent appui sur les échanges commerciaux. L’écrit s’est enrichi en même temps que les marchés se sont enflammés. Nous voici dès lors, jeunes héritiers d’une civilisation vieille de millions d’années à nous approprier le monde avec la même fièvre qui nous a toujours guidés : cette soif de nous exprimer, de communiquer ; cette poussée d’écrits qu’une extinction de voie ne pourrait taire.

Certains se gargarisent et se font mousser pour s’éclaircir la voie tandis que d’autres semblent étouffés et bâillonnés sur des voies de garage. Et toujours cette dynamique économique où l’humain a plus tendance à faire des jeux de maux pour le confort des érudits commerciaux qu’à calligraphier à livre ouvert.

Manier l’écrit (et non pas le manipuler) est un besoin bien plus qu’un outil.

Dans cette société fracturée se construit le monde scolaire. Une sorte de monde parallèle qui a pour mission de construire les adultes de demain. Nous tombons d’ailleurs sur un paradoxe où les enseignants ont le désir d’aider les enfants à construire leur personnalité, mais où la société attend des adultes autonomes et productifs. Cette société qui vit aujourd’hui dans la course au présent, au partage d’information en direct avec des outils numériques que l’école peine àintégrer.

Une société où des enfants usent leur mine sur du papier glacé (à faire parfois froid dans le dos) tandis que d’autres usent les murs d’une mine épuisée et que d’autres encore s’usent les yeux sur de sacrées tablettes.

Un nouvel écosystème culturel

Le changement technologique joue un rôle essentiel dans la mondialisation. En raison de leur incidence sur les méthodes de production, les tendances de la consommation et la structure de l’économie, les technologies de l’information et de la communication constituent un facteur clé de la transformation d’une économie axée désormais sur le savoir (OCDE, 1998a). Qu’on le veuille ou non, nous évoluons dans une société qui se veut numérique. Cela me fait d’ailleurs souvent penser à une image qui a longtemps circulée. Il s’agit d’une image qui détourne l’originale où l’on voit l’évolution de l’homme qui passe de l’état d’animal à celui d’être humain. On voit donc toutes les étapes de l’évolution avec une représentation des postures de l’homme à chacun des moments décisifs. Sur l’image originale, la dernière version de l’homme est celle d’un être décidé, fier et droit comme un « i ». Sur l’image détournée, le dessinateur a ajouté une version de l’homme qui succède au modèle fier : celui d’un homme courbé sur une tablette. On y voit très clairement l’homme courber le dos face à l’outil qui semble avoir pris la place de l’homme dans le grand cirque de l’évolution. C’est en tout cas mon interprétation qui me servira plus tard à justifier l’enjeu scolaire que cela représente. Il est vrai en tout cas que nous nous penchons de plus en plus sur ces outils numériques qui détiennent des informations cruciales pour notre organisation de vie. De simples diffuseurs d’informations qui nous donnait, par exemple, l’heure d’ouverture de notre magasin préféré, nous sommes passés à des gestionnaires d’informations sensibles liées trop souvent à nos vies personnelles :

  • L’emploi
  • La santé
  • La culture
  • L’économie
  • Les loisirs
  • Les relations

Notre vie est fractionnée en autant de bases de données gérées par des organismes publics ou des sociétés anonymes « bienveillantes ». L’individu doit être capable non seulement de gérer les outils d’accès (tablette, téléphone, ordinateur) mais également de trouver l’information utile (nous en revenons aux besoins) dans la masse d’écrits que cela représente.

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