Intégration TICE

La prise en compte du numérique dans nos enseignements est en cours d’invention.

Bruno Devauchelle

Je reprends ici quelques modèles et courants pédagogiques qui m’inspirent dans la réalisation de mes séquences pédagogiques associées aux outils numériques. Cette liste n’est pas exhaustive. Chaque modèle cible des données spécifiques. Je pense qu’ils sont complémentaires et qu’il ne faut pas privilégier l’usage de l’un ou l’autre mais les envisager comme une mallette d’outils complémentaires.

Le modèle SAMR

Définition

Le modèle SAMR a été créé par Ruben Puentedura. Ce modèle a pour but d’analyser l’intégration des TIC dans les actions pédagogiques : mesurer l’impact sur l’enseignement et ses apprentissages. SAMR est un acronyme qui reprend les différents éléments de ce modèle :

  • Substitution : l’outil numérique ne sert qu’à reproduire, répliquer. Il n’y a pas de changement fonctionnel. La tâche serait identique sans la technologie.
  • Augmentation : l’outil numérique sert à réaliser une tâche courante mais en apportant une amélioration fonctionnelle.
  • Modification : dans cette phase l’outil numérique apporte une réelle modification dans la salle de classe. La technologie offre un apport important à la tâche, il y a une reconfiguration de l’activité.
  • Redéfinition : grâce à l’outil numérique, de nouvelles tâches se créent, elles étaient auparavant impossible.

Les enseignants soucieux de ne pas se lancer tête baissée dans l’utilisation des technologies à tout prix ont un outil très efficace pour mesurer la qualité de leurs séquences. Les TICne devraient pas être une fin en soi mais servir la réalisation d’une tâche où les enfants sont en recherche, directement impliqués dans l’apprentissage. L’enseignement est alors centré sur l’élève.

Ce modèle pousse également à utiliser la technologie dans des activités où les outils apportent une réelle plus-value à la classe. Dans ce cadre, les TIC ouvrent de nouvelles perspectives pour l’enseignant, des dépassements pour les enfants.

À mon sens, les nouvelles technologies n’impliquent pas un renouveau pédagogique. Elles imposent simplement une réflexion et un retour aux sources pour leur trouver du sens. C’est un cheminement indispensable pour tout enseignant qui souhaite intégrer les TIC dans ses pratiques. Le modèle SAMR pose des mots et un cadre sur ces pratiques et offre à l’enseignant un moyen de dépassement où l’apprenant devient acteur et créateur.

Un plongeon plutôt qu’une ascension

Le modèle SAMR ne devrait pas être consulté comme une liste pas plus qu’une échelle. Plusieurs personnes proposent, à juste titre me semble-t-il, de comparer le modèle à une piscine. Ainsi chacun évoluerait dans la piscine en traversant tous les composants du modèle selon l’accomplissement de la tâche.

La substitution et l’augmentation seraient la petite profondeur dans laquelle les nageurs passeraient un temps différent selon les besoins. Plus à l’aise, ils n’hésiteraient plus à piquer une tête vers les plus grandes profondeurs sans s’interdire un retour au petit bassin de temps en temps.

Annotations

Pour ma part, il est important de ne pas considérer une séquence pédagogique comme moins intéressante qu’une autre parce qu’elle se situe dans les petites profondeurs. Ce qui rend une tâche intéressante c’est son intégration dans une réflexion plus large où chaque séquence trouve son sens par un rouage sophistiqué. Une roue entraine l’autre et c’est chaque rouage a son importance dans la machine.

Ce genre de modèle implique également la capacité de l’enseignant à différencier. Les projets doivent correspondre aux besoins de chaque enfant. Chacun pourra se dépasser au niveau où il se trouve. Parallèlement, chacun pourra aussi jouer un rôle de parrain où l’apprenant devient aussi enseignant.

Bloom et SAMR

Je pensais réaliser un rapprochement entre le modèle SAMR et la fameuse taxonomie de Bloom. En faisant quelques recherches, je remarque que le travail a déjà été réalisé de façon très claire. Je m’appuie donc sur le travail de Christophe Rhein et vous invite à le découvrir.

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Le modèle TPACK

Définition

Enseigner l’usage des technologies ou construire des activités les sollicitant demande une maitrise toute particulière de la part de l’enseignant. Ce modèle a pour but de définir le niveau de compétences nécessaire pour utiliser les TIC dans des pratiques pédagogiques. D’autre part, pour utiliser efficacement les outils numériques, l’enseignant doit dépasser le cadre de la simple maitrise des outils mais également en comprendre les enjeux.

Le modèle (mis au point par les professeurs Matthew Koehler et Punya Mishra de la Michigan State University) évalue la capacité de l’enseignant à articuler de façon efficace l’utilisation d’outils numériques, sa posture pédagogique et les objectifs d’apprentissage.

Le modèle TPACK (TechnologyPedagogy and Content Knowledge) vise à articuler :

  • Technologie (T)
  • Contenu disciplinaire (C)
  • Pédagogie (P)
  • Contexte

Usage

Les trois premiers items (technologie, contenu disciplinaire, pédagogie) peuvent former des combinaisons différentes. Ce sont les sous-domaines du modèle TPACK. L’intérêt est de se rapprocher le plus du point d’intersection des trois sous-domaines pour finalement l’atteindre en conciliant l’ensemble des paramètres.

  • C + P / Contenu disciplinaire + pédagogie : les choix pédagogiques réalisés par un formateur pour faire acquérir un contenu
  • T + P / Technologie + pédagogie : l’utilisation des outils numériques pour ce qu’ils apportent à la mise en œuvre d’une pédagogie
  • T + C / Technologie + contenu disciplinaire : la manière dont un contenu peut être soutenu par l’utilisation d’un outil numérique
  • TPacK : tous les éléments sont articulés de façon pertinente par l’enseignant.

La matrice TIM

Définition

TIM, au même titre que SAMR et TPACK, est un acronyme : Matrice d’Intégration des Technologies (MIT). Ce modèle a été développé par l’Université Northern Arizona. Il vise à définir un cadre pour l’intégration des TIC dans la vie de la classe.

Les modèles SAMR et TPACK sont très intégrés dans la matrice TIM. C’est une sorte de mise en perspective des deux modèles.

Ce modèle est représenté par un tableau à double entrée :

  • L’axe horizontal présente le niveau d’intégration de la technologie (initiation, adoption, adaptation, infusion et transformation)
  • L’axe vertical décrit les caractéristiques de l’environnement d’apprentissage (actif, collaboratif, constructif, authentique, orienté vers un but)

Le point d’intersection des deux axes présente la façon dont l’enfant est impliqué dans le processus.

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Le modèle Raby

Définition

Le modèle Raby balaye le degré d’intégration des TIC en partant de l’absence totale des outils numériques à leur parfaite utilisation dans un cadre pédagogique. Le centre de ce modèle est l’enseignant. Le modèle se constitue de différents stades. Selon le degré d’implication de l’enseignant, les premières étapes peuvent être sautées (pour y revenir par la suite éventuellement) :

  • la sensibilisation : l’enseignant est en contact indirect avec les TIC présentes dans son environnement personnel et/ou professionnel. L’enseignant a, à ce stade, peu ou pas de contact direct avec les TIC, mais il côtoie, dans son entourage, des personnes qui s’en servent et les apprécient. le stade de sensibilisation sera suivi par le stade de l’utilisation personnelle, de l’utilisation professionnelle ou de l’utilisation pédagogique, selon les motivations qui poussent chaque enseignant à poursuivre son processus d’intégration des TIC.
  • l’utilisation personnelle : ce stade comprend trois étapes. La motivation, la familiarisation et l’exploration-appropriation. À l’étape de la familiarisation, l’enseignant apprend à maîtriser les rudiments techniques, c’est-à dire une connaissance de base de certains logiciels, et non une connaissance technique des systèmes d’exploitation. L’enseignant qui a préalablement entrepris un autre stade (utilisation professionnelle ou utilisation pédagogique), traversera possiblement plus rapidement (ou même évitera) le stade de familiarisation. L’enseignant progresse ensuite vers une étape d’exploration, et avec le temps d’appropriation, pendant laquelle il recherche des informations sur des sujets d’intérêt personnel, communique avec sa famille et ses amis et utilise les outils technologiques pour produire des documents en lien avec ses besoins personnels.
  • l’utilisation professionnelle : lors du stade de l’utilisation professionnelle, l’enseignant traverse une étape de familiarisation plus ou moins longue, puis il parvient au stade de l’utilisation pédagogique et touche à l’usage des TIC à des fins éducatives. C’est durant ce stade que l’enseignant amène ses élèves à utiliser les TIC en classe.
  • l’utilisation pédagogique :
    • une curiosité, un besoin ou une obligation d’ordre pédagogique (motivation) de la part de l’enseignant.
    • Les enseignants qui se sentent obligés d’intégrer les TIC à leur enseignement, sans avoir préalablement entrepris les stades d’utilisation personnelle et/ou professionnelle, peuvent traverser une étape de familiarisation longue et pénible. Durant cette étape, ils apprennent lentement à maîtriser les rudiments techniques. Les enseignants peuvent ensuite engager leurs élèves dans l’utilisation des outils technologiques comme récompense ou occupation.
    • à l’étape de l’exploration, l’enseignant utilise les TIC pour enrichir son enseignement. Il engage ses élèves dans des activités visant l’acquisition, la compréhension et l’application de connaissances. Ces activités permettent aussi le développement de la compétence transversale liée aux TIC.
    • à l’étape de l’infusion, l’enseignant implique ses élèves dans une utilisation ponctuelle et isolée des TIC. L’élève utilise donc les TIC lors d’activités de transmission et de construction de connaissances, proposées par l’enseignant.
    • l’étape de l’appropriation est marquée par une utilisation fréquente et régulière des TIC par les élèves dans un cadre d’apprentissage actif et significatif. Ce type d’utilisation pédagogique se caractérise par une combinaison d’activités de transmission et de construction de connaissances orientées vers la poursuite d’un but.

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