À propos

L’ouverture de ce journal m’a forcément soumis à une question fondamentale : il s’agissait de savoir quel serait le propos. Depuis longtemps, je suis assailli par les mots. Comme beaucoup d’autres choses, j’ai refoulé ces mots. Il se trouve que je commence à comprendre que ces mots sont pour moi ce qu’un pinceau est à un peintre. Ils me permettent d’exprimer des émotions, des sentiments que je ne saurais exprimer naturellement. C’est mon mode d’expression. Alors que je suis souvent incohérent ou sans mots dans des situations réelles, une page blanche m’apporte une sérénité et m’ouvre l’esprit.

Entendons-nous : je ne suis pas en train de dire que je possède un quelconque talent d’écriture. J’ai simplement trouvé en l’écriture une partie de moi, un moyen d’expression, une porte ouverte.

Cela a commencé par une correspondance avec une personne qui m’est très chère. Une de ces fièvres adolescentes qui ne vous quitte plus. C’était une autre époque : stylo, papier, enveloppe et timbre. Je mettais beaucoup de temps à écrire à l’époque. Non pas parce que c’était dur, mais parce qu’il s’agissait aussi d’être lisible. Je me souviens de ma première lettre postée, des battements de mon cœur. C’était ma première prise d’indépendance : une crise d’adolescence, toute en accents circonflexes, pattes de mouche et papiers froissés. Au fil des pages, je me livrais et me découvrais. Je me suis construit dans les mots : de maux d’enfant aux mots d’adulte. Je n’aurais sans doute pas été bien loin si ma correspondante n’avait pas donné suite. Quelle drôle de sensation de trouver dans sa boite aux lettres une enveloppe adressée à votre nom ! Un lien s’est tissé et ne devra jamais se défaire.

Notre correspondance s’est interrompue en même temps que nos vies se sont densifiées. Je n’ai plus jamais écrit à personne de façon aussi régulière. J’écrivais quand le besoin s’en faisait sentir : pour le travail, les administrations et quelques échanges personnels. Des effusions de mots sans lendemain. De drôles de volatiles que j’envoyais avec retenue.

Et puis, un jour, j’ai été confronté à toute cette correspondance : rangée soigneusement dans une boite. Toutes ces feuilles empilées, écrites il y a plus de vingt ans ne pouvaient que provoquer une réaction émotive. Alors que j’étais emporté par le tourbillon de la vie, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas abandonner mon besoin d’écrire. Plus encore, j’éprouve depuis ce jour la nécessité impérieuse d’exprimer les émotions positives que certaines personnes m’apportent. Ces pages ne sont pas un éloge de mon empilement de mots, mais ma reconnaissance pour toutes ces personnes qui ont allumé ma vie.

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